array(6) { ["texte"]=> string(1370) " Amis et Mécènes du Château de Fontainebleau - De la Belle Cheminée à la Croix de Toulouse
'0080', 'id_syndic' => ''); include('./article-mod.php3'); ?>
" ["squelette"]=> string(37) "html_1fcf71568376e763ad3ee644aed9b2a7" ["process_ins"]=> string(3) "php" ["invalideurs"]=> array(2) { ["cache"]=> string(42) "CACHE/4/le%3Fid_article%3D0080.e4fbdd4c.gz" ["id_article"]=> array(1) { [80]=> int(1) } } ["signal"]=> array(2) { ["contexte"]=> array(1) { ["id_article"]=> int(80) } ["process_ins"]=> string(3) "php" } ["cache"]=> string(42) "CACHE/4/le%3Fid_article%3D0080.e4fbdd4c.gz" } Amis et Mécènes du Château de Fontainebleau - De la Belle Cheminée à la Croix de Toulouse
Admin ]
Vous êtes ici : Accueil  / Actualité  /  Nos Chroniques
De la Belle Cheminée à la Croix de Toulouse
lundi 21 janvier 2008

A la mémoire d’Yvonne Jestaz

(JPG)
L’obélisque

De la Belle Cheminée à la Croix de Toulouse

Les très nombreux conducteurs qui empruntent la RD 138 de la Table du Roi au pont de Valvins croisent sur leur route le carrefour de la Croix de Toulouse. Pourquoi ce nom, alors que n’apparaît qu’un obélisque de grès ?

Actuellement en réfection, et retrouvant grâce au Conseil Général un dessin plus spacieux et plus équilibré, ce carrefour fut, de longue date, un rendez-vous de chasse très fréquenté. On sait que, pour faciliter le déplacement des meutes et permettre aux dames de la Cour de suivre les chasses en carrosse, Henri lV avait fait aménager la Route ronde ceinturant la forêt. En 1669, une ordonnance royale avait édicté qu’à chaque carrefour devait s’élever une croix, un poteau ou une pyramide, et les noms de Croix de St Hérem, Croix de Souvray ou Croix du Grand Veneur sont familiers aux habitants de Fontainebleau et des communes voisines. Bien qu’en dehors de la Route Ronde, c’est à l’initiative de Louis XV, alors âgé de 15 ans, en 1725, que ce Carrefour fut doté d’une croix et prit le nom de « Carrefour de la Croix de Toulouse ». Et ceci pour honorer son grand oncle, le comte de Toulouse à qui le liait une affection profonde.

Louis Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, était le dernier enfant de Louis XlV et de la marquise de Montespan. Prince légitimé, il avait 32 ans de plus que Louis XV, et remplira auprès de ce roi adolescent, surtout après la mort du Régent en 1723, un rôle presque paternel

(JPG)
Le comte de Toulouse, par Hyacinthe Rigaud

Lui et son épouse Sophie, sœur du duc de Noailles, accueillaient régulièrement le roi dans leur château de Rambouillet, et l’entouraient d’une vraie affection. Sentiment réciproque d’autant plus précieux et sécurisant pour Louis XV que, à la différence de son frère, le duc du Maine, le comte de Toulouse se tenait à l’écart de tout rôle et de toute intrigue politiques. Il fut cependant gouverneur de Guyenne, puis de Bretagne, Ministre de la Marine, et aurait pu, à ce titre, être un acteur du grand théâtre des puissants. Il s’en abstint. « La sérénité de sa constante affection »(Michel Antoine), puis de celle de son épouse jusqu’à la mort de celle -ci, en 1766, et de son fils , le duc de Penthièvre, fut sans doute comme une protection contre la tristesse, le pessimisme permanent qui habitaient le cœur du Roi. « Mon Dieu...est-ce que nos malheurs ne finiront jamais ! »

En 1710, le comte de Toulouse avait acquis le château de la Rivière, situé sur la commune de Thomery, pour être plus au large, lui, sa famille et sa suite, que dans le château de Fontainebleau où la famille royale les courtisans arrivés pour le séjour d’automne étaient toujours logés à l’étroit.

Le château de la Rivière

(JPG)

Dans cette belle demeure du bord de l’eau, Louis XV fit de courts séjours en 1727 et 1732. Dès1726, pour faciliter les communications entre les deux châteaux, le comte avait fait paver sur plusieurs centaines de mètres une longue allée, appelée encore aujourd’hui « l’allée du Prince », et on se plaît à évoquer les cavaliers dans la brume des matins d’automne galopant sur l’escarpement de la rive sud de la Seine en direction de Fontainebleau

(JPG)

L’allée du Prince

Car ce qui rapprochait aussi le comte de Toulouse du Roi était leur commune passion de la chasse. En 1704, il avait été nommé Grand Veneur, et régnait donc sur toute l’organisation des chasses royales. Il avait lui-même un superbe équipage, et c’est chez lui que Louis XV, en avril 1724 avait, pour la première fois, couru le cerf. Le roi s’adonnait à la chasse avec une frénésie qu’avait prophétisée « Maman Ventadour » quand il avait 6 ans : « Les grands plaisirs lui seront nuisibles parce qu’ils l’appliqueront trop ». Il chassait au moins trois fois par semaine, tous les jours quand il était à Compiègne ou à Fontainebleau. Il aurait forcé 3000 cerfs entre 1732 et 1749. Et lorsque le Roi voulut illustrer sa passion de la chasse sur les murs de ses bâtiments, il demanda au peintre Jean Baptiste Oudry de réaliser les cartons pour tapisseries des Chasses Royales. Au centre de plusieurs des 9 compositions, on retrouve, bien sûr, les personnages du Roi et du comte de Toulouse, son Grand Veneur

Cerf aux abois dans les rochers de Franchard

Est-ce par reconnaissance pour une chasse particulièrement réussie, avec un désir tendre d’honorer son oncle, ou par « pure courtisanerie » ? On ne le sait, mais en 1725 il fut décidé que ce rendez-vous de chasse prendrait le nom de « carrefour de la croix du comte de Toulouse », là où, semble-t-il, « Louis XiV déjà avait été dans l’intention de faire planter une croix ». ( Félix Herbet)

(JPG)

Mais la croix, d’où venait-elle ? quel rapport avec la Belle Cheminée ?

En 1725 , les goûts et les usages étant différents d’ un siècle à l’autre , le plaisir du théâtre et le manque d’installation réellement adaptées à cet art avaient conduit à détruire la Belle Cheminée, « ce monument de la valeur et de la gloire d’Henri IV » (abbé Guilbert ), sacrifiée à la création d’un théâtre de cour, le premier vraiment important en France. Et pourtant, « l’embellissement général de la Cour de la Fontaine entrepris par Henri IV ne pouvait qu’exalter la superbe ordonnance de l’aile de Primatice qui la borde d’un côté. Il était donc dans l’ordre des choses qu’Henri IV apportât à la salle encore nue qui en occupait tout l’étage noble l’ornement qui la rendrait digne d’annoncer l’appartement royal sur la Cour ovale. Ce fut une cheminée, la très célèbre Belle Cheminée. Exécutée par Matthieu Jacquet, dit Grenoble, haute de 7 mètres, ...elle était un monument à la gloire d’Henri IV. »(Yvonne Jestaz).

(JPG)
Relevé, par D’Orbay , de la Belle Cheminée

Certes, depuis de longues années, la salle de la Belle Cheminée, quasi « polyvalente » servait de lieu de spectacle, autant que de salle de festin ou de bal, et même de chapelle . Des installations provisoires de loges et de décors cohabitaient dans ce vaste espace. Mais ce n’est que lors des fêtes données pour le mariage du Roi avec Marie Leczinska, en 1725, que l’on démonta la Belle Cheminée. La destruction de cette œuvre d’art fut l’un des irréparables outrages qu’infligea ce siècle au Château de Fontainebleau, même si ce théâtre, hélas disparu dans un incendie en 1856, « fut un exemple abouti de l’art de Cour et du décor rocaille » (Amaury Lefébure)

Pour faire place nette au théâtre, le démantèlement fut total : le haut-relief du Roi fut installé dans la chambre du donjon, les statues de la Paix et de la Clémence remployées ailleurs sur une autre cheminée, certains vestiges transportés au Louvre. Et les colonnes ? L’une d’elles, en marbre blanc, rehaussée sur un socle et surmontée alors d’une croix fut érigée au centre du carrefour, lui donnant un sens religieux qui fut utilisé pour des processions de Rogations venues de la commune de Bois le Roi.

Ce carrefour, agrandi et planté de 460 ormes en 1787 fut aussi le centre de célébrations de la Saint Hubert, puis, comme tous ceux de la forêt, fut débaptisé en 1793, durant la tourmente révolutionnaire. La colonne et la croix furent alors détruites. Sous l’Empire, on commença à rétablir ces symboles de l’ancien régime, mais un obélisque, attribut décoratif cher à l’esthétique de cette époque, vint remplacer la croix, sans doute vers 1809.

Aujourd’hui comme jadis, le Carrefour de la Croix de Toulouse attire les promeneurs. « Améliorer les conditions d’accueil des visiteurs de la forêt, et redonner à l’obélisque un cadre à la hauteur de sa valeur historique », tel est le but que s’est fixé le Conseil Général. Déjà, les premiers tilleuls, préfigurant la couronne d’arbres prévus pour le printemps prochain ont été plantés.

(JPG)
Projet d’aménagement

Certes, la colonne de la Belle Cheminée et sa croix ont disparu, mais la majesté du dessin redonne à ce carrefour beaucoup de son aura historique, et témoigne, comme tant d’autres endroits, des liens étroits unissant Château et forêt, permanence de leur commun héritage sentimental et artistique.

Hélène Verlet